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Et la planète sauta...

samedi 16 janvier 2010, par Maestro

B. R. BRUSS (1895-1980)

France, 1946

Robert Laffont, coll. « Ailleurs et demain classiques », 208 p., 1971.

Et la planète sauta… est le premier roman de B.R. Bruss, qui se fit également remarquer quelques années plus tard avec Apparition des surhommes, avant de devenir un des piliers de la collection Anticipation du Fleuve noir. A la lecture de ce classique, on saisit tout ce qu’il doit au merveilleux scientifique d’avant-guerre, à tel point qu’on est fortement tenté de prolonger la première époque de la science-fiction française jusqu’au début des années 1950, avec la manifestation des effets directs et sensibles de l’influence étatsunienne. Le roman raconte d’ailleurs un événement survenu en 1925, et il le fait, tout au moins pour sa première partie, dans un style typique.

Le narrateur, un ami proche des protagonistes, explique en effet la découverte d’un aérolithe tombé en pleine campagne française, et au cœur duquel était niché un coffre en platine. D’origine clairement extra-terrestre, cet artéfact recèle en réalité divers objets, parmi lesquels des livres sonores. Ses deux inventeurs, aidés de leur mentor, s’attèlent alors au déchiffrement de ce langage inconnu, ce qui leur permet, au bout d’une vingtaine d’années, de percer en partie les secrets de ce témoignage. C’est tout l’objet de la seconde partie, amenée avec succès par la progression finement maîtrisée dans l’investigation des mystères du coffre. Le narrateur adapte en réalité le journal d’un des habitants de la planète Rhama, située originellement entre Mars et Jupiter et disparue plusieurs millénaires auparavant, un humanoïde de génie. Et c’est sans doute là que Bruss fait preuve de davantage de talent, non pas du fait d’un vocabulaire extra-ordinaire finalement un peu répétitif et convenu, mais surtout par la distinction du style, nettement plus adapté à un langage oral, avec un propos en proie à un profond doute existentiel.

On sent à travers cette intrigue tragique tout ce que Bruss doit aux réflexions d’un Valéry sur la mortalité des civilisations, dans les lendemains de la Première Guerre, et au traumatisme de la Seconde Guerre, sans oublier l’élément essentiel, l’utilisation de l’arme atomique et le tournant qu’elle représente. Dans ce cadre, Bruss surpasse largement Spitz et sa Guerre mondiale n°3, tant il offre à la fois une vision plus ambitieuse, plus ample, et paradoxalement plus proche de nous. Mais l’auteur va plus loin, puisque la fin de l’histoire de Rhama qu’il imagine voit l’instauration d’une société où la population, à l’esprit totalement contrôlée, perd toute liberté, un reflet sans doute de l’URSS de Staline, mais dans laquelle on peut toujours mettre des préoccupations contemporaines post 11 septembre. Quant à la métaphysique partiellement brossée, un « panthéisme constructeur », on peut la voir comme un rejet partiel d’un rationalisme associé -à tort ou à raison- avec ces progrès technologiques jugés bien trop rapides par rapport aux mentalités. Un incontestable classique.

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