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L’espace d’un an

dimanche 2 février 2020, par Maestro

Becky CHAMBERS (1985-)

Etats-Unis, 2014, The Long Way to a Small Angry Planet

L’Atalante, coll. « La Dentelle du cygne », 2016, 448 p.

Jeune auteure étatsunienne, Becky Chambers peut d’ores et déjà se féliciter d’avoir reçu un Hugo en 2019 pour sa série des « Voyageurs », dont L’Espace d’un an est le premier volet. On pourrait parler, à son égard, d’un space opera décomplexé, classique en apparence, mais qui tire sa principale force du naturel avec lequel il est présenté et de l’empathie que suscitent chez le lecteur ses différents personnages.
Tout commence par l’intégration de Rosemary, en tant que greffière, à l’équipage du Voyageur. Le Voyageur est un tunnelier, un appareil chargé de percer à travers l’espace-temps des raccourcis visant à faciliter les déplacements entre systèmes stellaires. L’action du roman se déroule en effet au cœur de l’Union galactique (UG), une fédération à la mode Star Trek, regroupant diverses espèces intelligentes. Parmi elles, les humains, divisés en soliens, demeurés dans leur système d’origine, et en exodiens, issus de la flotte de l’exode, partis il y a fort longtemps afin d’initier un nouveau départ pour l’humanité (les exodiens sont d’ailleurs majoritairement pacifistes).

A bord du Voyageur, on trouve ainsi cinq humains, les techs Kizzy la délurée et Jenks à la verticalité contrariée, le sauvage Corbin, responsable du carburant à base d’algues, Rosemary et Ashby, le capitaine. S’y ajoutent trois extra-terrestres, le docteur Miam, grum dont l’espèce est en voie de disparition, à la fois cuisinier et médecin ; Sissix l’aaandriske, pilote émérite, et Ohan, l’entité double en charge des calculs de déplacement et de percement, une espèce aux capacités augmentées grâce à une drogue, dont le seul inconvénient est de réduire l’espérance de vie… Sans oublier Lovey, l’IA de bord, qui entretient avec Jenks des relations pour le moins ambiguës. La vie dans cet astronef est décrite avec simplicité et une forme d’évidence telle qu’on s’y voit presque parfaitement, tout particulièrement dans l’aquarium, bulle ouverte sur le cosmos qui contient un véritable jardin intérieur, un bon moyen de tenir dans l’isolement du vide intersidéral.

Les relations sociales entre tous ces individus sont parfois houleuses, souvent très sympathiques, et dénuées de tout racisme et de toute xénophobie, y compris pour les goûts alimentaires ou sexuels ! Le Voyageur incarne ainsi de la sorte une forme d’idéal d’une humanité qui aurait su dépasser ses différences pour vivre en bonne entente, dans une liberté décomplexée, où chacun a la possibilité de remplacer des parties de son corps par des artéfacts technologiques (on pense au Manifeste cyborg de Donna Haraway) et de copuler entre espèces distinctes.

L’intrigue proprement dite ne laisse pas de place aux temps morts, sans pour autant favoriser une action lassante par son systématisme. Au contraire, on découvre un marché galactique, un astéroïde colonisé en dépit d’insectes dangereux, une attaque de pirates de l’espace, la planète d’origine de Sissix… Une véritable leçon d’ethnologie ! Le Voyageur se voit même confier la mission de percer un tunnel dans la zone du noyau, habitée par l’espèce des Torémis, extrêmement belliqueuse, mais dont une branche vient tout juste d’intégrer l’UG. L’occasion de montrer que si les mœurs de cet univers semblent assez positifs et sereins dans l’ensemble, les manipulations et les enjeux politiciens en sont un envers possible…

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