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LA BELLE ET LA BETE

samedi 29 novembre 2014, par von Bek

Jean COCTEAU (1889-1963)

France, 1946

Jean Marais, Josette Day, Michel Auclair

Ce film va incarner pour moi la preuve qu’on fait des découvertes à tout âge, même avancé et même à partir de films pourtant réputés. L’histoire m’était connue dans ses grandes lignes : celle d’une jeune fille, seule dévouée au service de son père ruiné, et qui accepte d’honorer un marché paternel conclu avec une bête anthropomorphe pour le sauver et qui finit par tomber amoureuse de la bête.

Je ne sais pas si c’est l’imagination de Jean Cocteau qui vient greffer sur le conte de fée de Mme Leprince de Beaumont un frère, Ludovic (Michel Auclair) en plus des deux sœurs et un ami, Avenant (Jean Marais), mais ces deux personnages apportent au conte une ambiguïté certaine. Ainsi Ludovic tient à la fois du roué - il engage les biens paternels pour payer ses dettes de jeu - et du frère qui semble sincèrement aimant, même lorsqu’il finit par abuser Belle. Avenant est encore plus ambigu : violemment amoureux de Belle, il est prêt à la forcer de l’épouser mais il est horrifié par le sort de Belle, attribuant à la sorcellerie son attachement pour la Bête. Il convainc Ludovic de recourir à un usurier [1], mais culpabilise après et prête ses bras pour aider à la vie du foyer. Il n’est donc pas tout à fait mauvais, ce qui n’empêche pas le réalisateur de le faire périr, seul de tous les personnages.

Ce n’est pourtant pas la morale ou l’ambiguïté malsaine finale, quand la Bête prend l’aspect d’Avenant, qui m’ont séduit. C’est son esthétique. Quatre ans après Les Visiteurs du soir, Jean Cocteau livre une vision du cinéma fantastique complètement différente de celle de Marcel Carné. Certes, l’époque n’est pas tout à fait la même et le message pas du tout le même (si tant est que le film de 1942 en ait un) : les moyens ne devaient pas être beaucoup plus mirobolants dans la France de 1946 qui se relevait difficilement de la Seconde Guerre mondiale. Là où Carné oeuvrait dans une esthétique épurée mais qui faisait carton-pâte, peut-être gêné par la difficulté d’obtenir des autorisations, Cocteau a doté son film d’un décor bien plus solide (château de Raray, abbaye de Royaumont) et de décors que je qualifierais de gothique avec des idées aussi géniales que parfois simples comme les bras-chandeliers. Pour l’époque, les effets spéciaux sont d’une qualité qui m’impressionne. Osons la comparaison : son esthétique fait terriblement contemporaine à notre époque de réalisations jacksoniennes ou gilliamiques. C’est dire que Cocteau a pu inspirer.

En revanche le regard de Jean Marais fixé sur l’horizon qui n’existe pas, les yeux écarquillés de Josette Day, la nuit, dans la demeure de la Bête, m’ont plutôt fait sourire et je considère le jeu des acteurs comme trop maniéré, pour ne pas dire mauvais.Cela ne nuit en rien au plaisir.


[1Personnage dont l’aspect relève du caricatural mais le mot juif n’est pas prononcé.

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