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LA FORTERESSE NOIRE

La fo’te’sse noi’e

avril 2001, par Palplathune

Michael MANN (1943-)

Etats-Unis, 1983, The Keep

Jurgen Prochnow, Gabriel Byrne, Ian Mac Kellen, Scott Glenn

Etonnant de trouver au générique d’un film fantastique le nom de Michael Mann, le réalisateur de Heat et créateur de la série frime Deux Flics A Miami. La Forteresse Noire est d’ailleurs le seul film de genre dans la filmo du petit gars Mann. Et quelque part ça peut se comprendre.

En 1941 (ou 1943 selon la jaquette mais le cinéphile averti sait que les jaquettes sont souvent de mauvaise foi) une petite unité allemande est chargée de protéger un col de la Roumanie. Ils installent leur garnison dans une très ancienne forteresse. Mais chaque jour, de façon inexpliquée, un homme meurt. Un détachement SS est envoyé en renfort pour régler le problème. Très vite, les chefs respectifs des détachements s’opposent sur la méthode à utiliser. Ils font finalement appel à un grand professeur et sa fille, tous deux juifs. La mystérieuse force cachée dans la forteresse va essayer de profiter de ces multiples conflits d’intérêt chez les hommes pour se libérer.

La Forteresse noire appartient à un sous genre maudit : les grands films ratés. Il réunit un ensemble d’élément de haute tenue mais malheureusement ceux ci ne réussissent jamais à se combiner harmonieusement. Il est vrai que le film a connu un tournage difficile. Le superviseur des effets spéciaux meurt au tout début du tournage, les producteurs constamment sur le dos de Mann, tout ça ça aide pas ! Mais voyons plus précisément il bénéficiait d’atouts qui aurait pu lui permettre de devenir une référence.

Le casting en premier lieu. Constitué d’excellents acteurs habitués aux rôles de second couteaux. On y trouve Jurgen Prochnow (Das Boot, Dune, La 7e Prophétie) pas encore réduit à cachetonner dans les plus mauvaises série B dans le rôle du capitaine allemand pas franchement méchant, Gabriel Byrne (Cool World, Smilla, La Fin des temps) en SS fanatique très convaincant, Scott Glenn en envoyé divin et surtout le brillantissime Ian Mac Kellen (Un Elève doué, X Men et bientôt le Gandalf de Lord Of The Rings !) dans le rôle délicat du professeur (couci)Cusa.

Ce sympathique casting est au service d’un d’un scénario ambitieux, ne serait ce que par le choix du contexte, dont le fantastique tient plus de l’alibi pour illustrer les comportements humains durant la Guerre Seconde mondiale. La forteresse devient alors un microcosme dans lequel toutes les grandes figures types se retrouvent : le bourreau (le Sturmbanfuhrer), la victime (le prof Kouça), le passif (le capitaine Prochnow) et la femme (la fille Kouça). Ces archétypes vont donc s’affronter psychologiquement, chacun cherchant à utiliser l’autre pour atteindre ces buts. A ce titre le personnage de Kouça est le plus fouillé, illustrant l’expression trop souvent galvaudé "si tu fais comme eux, tu deviendra comme eux". Kouça se laissant corrompre par le mal, dans un but désintéressé, et devenant à son tour plus agressif et haineux. Et bien évidemment cette corruption l’amène à commettre des actes dignes des Nazis et tend à libérer une force aussi néfaste que ces derniers. Une réflexion intéressante sur la condition de victime et les envies de vengeance.

La dernière idée développée, c’est la nature du mal. Cette thématique est abordée dans une des meilleur séquences du film, une discussion entre le capitaine allemand et l’officier SS. Outre le fait que chacun se renvoie ses fautes de façon très lucide (la folie meurtrière nourrie de frustrations de l’un, la bonne conscience passive de l’autre), on cerne mieux l’origine du Golem. C’est la matérialisation des folies et horreurs commises par l’homme. Dans cette optique la forteresse représenterait une sorte de cerveau/labyrinthe et les différents archétypes réunis, les différentes facettes de l’esprit humain. Mais ce dernier point serait davantage convaincant si le Golem apparaissait réellement maléfique. Apres tout il ne fait que tuer quelques Nazis et guérit le vieux professeur. Pour une incarnation du mal ça fait un peu léger. Et ce n’est pas son apparence qui va plus nous convaincre. Même dessiné par Enki Bilal, notre méchant Golem fait surtout penser à un mix entre Arnold Schwartzeneger et un nounours. C’est là le problème culminant du film. Toutes les bonnes idées sont désamorcées par les facteurs techniques. La forteresse noire est ainsi alourdie par une réalisation encore maladroite abusant des effets de style (ralentis principalement), gâché par une partition synthétique du groupe de "jeune" Tangerine Dream dont la nullité n’a d’égal que l’inadéquation. Les effets spéciaux ratés finissent d’achever le naufrage du film (notons que la production a dû avoir un prix sur les machines à faire de la fumée et le bricolage de certains accessoires tel l’amulette conservant le Golem emprisonné : en réalité une simple lampe de poche à peine camouflée !). Enfin même si le scénario aborde des thèmes intelligents il n’évite pas certaines grosses ficelles. C’est le cas du personnage de Scott Glenn, une sorte d’incarnation du bien, qui apparaît sans réelle justification, uniquement pour terminer le film sur une note positive. Un final aux connotations sexuelles d’ailleurs assez marqué (surtout si comme Prion on a surnommé le personnage Fondzie[zi]).

La Forteresse noire est donc objectivement raté mais subjectivement intéressant. A vous de voir si vous vous sentez capable de tenter l’expérience.

cf. le roman originel de F. Paul Wilson

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