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STARSHIP TROOPERS

vendredi 14 juillet 2006, par Maestro

Paul VERHOEVEN (1938-)

Etats-Unis, 1997.

Avec Casper Van Dien, Denise Richards, Jake Busey, Neil Patrick Harris, Patrick Muldoon, Michael Ironside.

Autant le roman de Robert Heinlein, Etoiles garde-à-vous !, était pauvre et simpliste, autant l’adaptation très libre qu’en a fait Paul Verhoeven est d’une grande richesse. Trois films cohabitent en fait en un seul : un film de SF basique, avec le sempiternel affrontement entre l’humanité et de vilains extra-terrestres ; un film de guerre, hommage à l’abondante filmographie sur la seconde guerre mondiale ou sur celle du Vietnam ; et un film très politique, que bon nombre de critiques n’ont pas su -ou pas voulu ?- voir à l’époque de sa sortie, criant de manière pour le moins inquiétante à l’apologie du fascisme... Près de dix ans plus tard, Starship Troopers, devenu quasiment culte, acquiert une dimension supplémentaire avec la situation engendrée par les événements du 11 septembre, nous montrant ce que la société étatsunienne pourrait devenir dans ce contexte de lutte permanente contre un ennemi emblématique.
Le film part d’un groupe d’adolescents qui termine ses études secondaires et va faire le choix de s’engager dans l’armée afin d’acquérir la citoyenneté : Carl l’intellectuel médium dans le renseignement militaire, Carmen au sein de l’élite des pilotes de vaisseaux spatiaux et John Rico avec la séduisante Dizzy dans l’infanterie. On suit dès lors leurs parcours respectifs, en insistant surtout sur celui de Johnny, avec des scènes en camp qui rappelleront aux plus âgés d’entre-nous certains épisodes de leur service militaire. Jusqu’au moment où une attaque des arachnides, une espèce extra-terrestre insectoïde, sur Buenos Aires, la ville d’origine des adolescents, les projette dans la guerre et les fait entrer avec force dans l’âge adulte. Après une première attaque massive qui se termine en désastre pour les armées de la Fédération galactique, une offensive plus limitée est décidée, qui va faire se retrouver les jeunes et leur ancien professeur mutilé de lycée (excellent Michael Ironside) pour un remake de Fort Alamo...

Filmé de façon toujours très dynamique, servi par des effets spéciaux remarquables qui n’ont quasiment pas pris une ride (merci Phil Tippett !), ainsi que par une musique martiale et pompeuse à souhait, Straship Troopers est de surcroît un film sans aucune longueur, dont les séquences de dialogue sont aussi synthétiques que possibles, et avec des scènes d’action fréquentes et impressionnantes : outre le début coup de poing, qui anticipe sur la suite, il faut citer les entraînements au camp, la collision partielle du Roger Young avec un astéroïde, et bien sûr toutes les scènes de combat. N’oublions pas non plus le charme que transmettent les deux actrices principales, la touchante Dizzy et la sensuelle Carmen (Denise Richards).

La violence et les effets gores, une des marques de fabriques de Verhoeven, sont particulièrement présents, mais ils servent le propos du film, le tableau d’une société dans laquelle la force brute est au poste de commande. Présente dès la vie sur Terre, avec le match de football américain durci, elle est ensuite omniprésente, mais toujours traitée d’une manière telle qu’elle incite à la réflexion. On se prend même à éprouver de la pitié à l’égard des arachnides, bombardés en masse comme pouvaient être napalmisées les populations vietnamiennes, ou victimes d’expériences scientifiques gratuitement cruelles. Pour parfaire la description de cette société totalitaire, des flashs de propagande entrecoupent régulièrement le film, enrôlant la jeunesse, diffusant des exécutions à mort en prime time ou stimulant l’état d’esprit guerrier et revanchard dans la population. La nuance n’est toutefois pas oubliée, puisque cette société oppressante a supprimé pratiquement toute inégalité entre les sexes, les femmes se douchant avec les hommes, et exerçant des fonctions de commandement (la supérieure de Carmen, ou la sky marshall, chef suprême des armées).

Avec ce film, Paul Verhoeven, non content de nous mettre en garde contre les risques de dérive vers une société militarisée, et de dénoncer la barbarie que véhicule toute guerre (voir l’ambiguïté des uniformes des officiers supérieurs, proches de ceux de la Gestapo), explore et remue l’inconscient collectif des Etats-Unis, du génocide des Amérindiens (« un bon insecte est un insecte mort ») à l’expédition du Vietnam, en passant par la guerre de Corée contre les Chinois (les hordes d’arachnides montant à l’assaut du fort)... Une réussite qui fait de Starship Troopers un classique de la SF au cinéma.

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