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WATERWORLD

Que d’eau ! Que d’eau !

mardi 1er février 2005, par von Bek

Kevin REYNOLDS (1952-)

Etats-Unis, 1995

Kevin Costner, Jeanne Tripplehorn, Dennis Hopper, Tina Majorino

Devant Waterworld, le spectateur, tenté d’étaler sa culture comme sa confiture sur la tranche de pain matinale, pourra s’exclamer, tel Maurice devant la Garonne sortie de son lit : « Que d’eau ! Que d’eau ! ». Toutefois il ne s’agit pas ici d’une simple crue, mais d’une fonte des calottes polaires qui submerge toutes les terres émergées. C’est du moins ce que croient les survivants, qui les ont reléguées au rang de mythe sous le nom de dryland.

Donc, sans arche mais avec des bateaux, l’humanité, cette mauvaise herbe à la vie dure, a survécu, rassemblée en de micro-sociétés dans des agglomérats de débris baptisés atolls éparses sur l’océan-monde. Elle parvient avec peine à distiller l’eau buvable à partir de l’eau de mer ou de l’urine. Dans ce monde, rien ne se perd, rien ne se crée tout se transforme. Un cadavre devient une source d’engrais précieux pour faire subsister les rares végétaux survivants. Tout se transforme... et s’échange ! Celui qui a le bonheur de mettre la main sur des reliquats de la civilisation matérielle antédiluvienne est un homme riche : le papier vaut une fortune, la terre plus encore. Pour le mutant (Kevin Costner), que l’évolution, version Lamarck, a généreusement doté de branchies, ce serait une aubaine, car il peut plonger profondément pour ramasser un peu près tout ce qu’il veut.

Sauf que l’humanité, dans la grande générosité et le sens d’entraide qui caractérisent chacun de ses membres, voit avec une méfiance extrême et une répulsion encore plus grande des êtres tels que le mutant. Inévitablement, le racisme a survécu avec l’Homme (il faut bien un message moral dans un film). Le plus grand danger pour les atolls ne vient pourtant pas des Homo Aquaticus, ces nouveaux marginaux, mais des Hommes qui continuent à être des loups pour eux-mêmes. Dans la perspective très darwinienne de la loi du plus fort qui survit, Deacon (Dennis Hopper) a regroupé une armée de pirates qui pillent sans pitié les atolls. Parce qu’ils disposent des rares engins à moteurs restant, on les appellent les smokers (il faut ici excuser partiellement l’absence de traduction : « les fumeurs » n’était pas une appellation correspondant à la réalité ; les fumistes non plus).

Pour Ellen (Jeanne Tripplehorn), habitante d’un atoll, un espoir demeure en la petite Enola qui a été trouvé seule dans un bateau. A cause de cela, on ne peut dire qu’elle soit, Enola, gaie. Elle vit plutôt dans son mutisme, dessinant d’étranges choses que nul n’a jamais vu. Ellen croît fermement qu’Enola et son mystérieux tatouage possèdent le chemin de dryland. Elle n’est pas la seule à en être convaincu, car Deacon cherche Enola. Aussi quand les smokers attaquent leur atoll, Ellen libère-t-elle le mutant pour pouvoir fuir. Agacé au départ par l’intrusion dans sa vie paisible et sauvage, l’individu se laisse séduire par la femme et amadouer par l’enfant au point d’aller l’arracher au griffe des smokers et de partir à la recherche de dryland avec eux.

Waterworld ne brille pas par l’originalité de son message. Condamnation du racisme, appel à l’entraide et à l’amitié entre les peuples, autant de poncifs que le cinéma rabâche à longueur de pellicule. Le principe est beau, souhaitable, mais pas nouveau. Peut-être est-ce dû à ce manque d’innovation, que le film doit la piètre estime dans laquelle il est tenu. Peut-être est-ce dû aussi à la tentative comique qui entoure les smokers en général et Deacon en particulier, interprété par un Dennis Hopper assez cabotin. Pour le studio, ce fut en tout cas un échec financier retentissant, tant à cause du coût des décors que des retards de productions suscités par les disputes entre les deux Kevins qui président au film. (N’en déduisez rien sur l’esprit des porteurs de ce prénom, mais par pitié, les francophones sont priés d’éviter de baptiser ainsi leur progéniture).

Pourtant, le résultat - du film, pas de la progéniture des francophones - ne manque pas d’attraits pour la science-fiction. D’abord, parce qu’il offre une vision de l’avenir rarement développée auparavant. Il est vrai que le réchauffement planétaire n’est devenu qu’un sujet de société et de préoccupation que depuis une vingtaine d’années. Waterworld inaugure ainsi un nouveau genre de société post-apocalyptique où l’eau a remplacé le feu nucléaire. D’autres films auraient pu suivre, mais Le jour d’après (Roland Emmerich, 2004) semble une exception.

Dans ce contexte, les scénaristes et le réalisateur, supervisé par le producteur Kevin Costner, ont su développer une organisation sociale originale, manifestant un retour vers le tribalisme mâtiné d’organisation municipale, à laquelle s’oppose le cacique Deacon. Le système économique est lui aussi intéressant, car, s’il montre un retour au troc, il s’accompagne d’une monétarisation rudimentaire dans laquelle la valeur de référence n’est plus l’or, désormais inutile et inutilisable, mais le fer des boulons. Dans la même veine, la rareté de certains produits permet de souligner notre dépendance actuelle envers eux. Le cas du pétrole est ici intéressant. Deacon est puissant parce qu’il a mis la main sur un pétrolier, dont il lui faut gérer soigneusement les réserves.

Bien sûr, on pourra toujours reprocher les incohérences scientifiques : la hausse disproportionnée des eaux, l’absence de refroidissement qu’elle aurait dû entraîner, l’utilisation du brut pour les moteurs et sans doute de nombreuses autres incohérences. Il faut cependant souligner que la version longue s’avère bien plus intéressant du point de vue des structures de ce nouveau monde que la version courte. C’est donc cette première qu’il faut voir de préférence, si c’est possible.

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