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THE WICKER MAN (1973)

Le vieux d’osier

dimanche 22 mai 2016, par von Bek

Robin HARDY (1929-)

Grande-Bretagne, 1973

Edward Woodward, Christopher Lee, Britt Ekland

Aujourd’hui consacré entre autre par le regretté Christopher Lee qui en fait le meilleur film dans lequel il ait joué lors d’un interview pour le bonus de l’édition DVD, mais aussi par le British Film Institut en 1999 puis par le magazine Time Out comme faisant partie des 100 meilleurs films britanniques, The Wicker Man n’a pas toujours connu ce succès. Outre que sa distribution initiale ait été massacrée, les copies du film ont connu des déboires menant la perte de 20 mn d’images et de nombre de leurs exemplaires. Il n’est par ailleurs pas sorti en son temps sur les écrans français, raison pour laquelle je me refuse vraiment à lui donner le titre de Dieu d’osier inventé à la faveur de l’édition DVD, mais ne figure pas plus dans State of Emergency de l’historien Dominic Sandbrook, qui a pourtant à cœur de signaler les faits importants de l’Angleterre de la première moitié des années 70, que dans 30 ans de cinéma britannique, la référence française de Raymond Lefèvre et Roland Lacourbe paru en 1976. Aussi, en dépit de son Saturn Award de 1979, autant dire que comme beaucoup, The Wicker Man est devenu culte, au point d’inspirer les groupes Iron Maiden et Radiohead et malheureusement de connaître un remake, mais bien après sa sortie. Faut-il attribuer cette ignorance à son statut de film d’horreur, alors sous-genre du cinéma ?

En fait de film d’horreur, celui de Robin Hardy échappe à la veine classique de la Hammer qui jetait alors ses derniers feux. Pas de dracula, pas d’hémoglobine. Juste une île. Mais pour qui a vu l’adaptation télévisée de L’ïle aux trente cercueils de Maurice Leblanc par Maurice Cravenne (1979), une île, c’est bien suffisant !

Après la réception d’une lettre anonyme annonçant la disparition depuis plusieurs mois d’une jeune fille sur l’île Summerisle, le sergent Howie (Edward Woodward) de la police des Western Island se rend seul en hydravion sur cette île réputée pour sa production maraîchère et ses vergers. Non seulement les habitants nient connaître la jeune fille disparue, mais leurs pratiques heurtent la sensibilité du très chrétien officier de police, peu habitué à entendre des chansons paillardes en l’honneur de la fille de l’aubergiste (Britt Ekland) qui ne s’en offusque pas bien au connaître, pas plus qu’à voir des couples copuler sur la pelouse à la nuit tombée ou des objets incongrus salir l’autel d’une église qui tombe en ruine, ou à entendre décrire le pénis comme objet religieux à l’école. Howie ne tarde guère à découvrir qu’on lui ment et soupçonne derrière la disparition les pratiques païennes destinées à entretenir la fertilité exceptionnelle de l’île. Sûr de son autorité, il mène son enquête tous azimut, y compris auprès du propriétaire, lord Summerisle (Christopher Lee).

Loin de dénoncer la bigoterie chrétienne comme on pourrait s’y attendre lors des premières scènes, le film de Robin Hardy confronte en fait deux religions, la chrétienne et la celtique. Du moins paraît-il, car si le documentaire accompagnant le DVD insiste sur le travail de recherche mené à l’instigation du scénariste Anthony Shaffer (1926-2001), il faut quand même reconnaître qu’il fait fausse route en prêtant aux Celtes une croyance en la réincarnation, tout comme Jean-Pierre Dionnet s’égare en faisant un catholique du personnage principal. Au nom du travail de documentariste du réalisateur, Robin Hardy, est mis en avant aujourd’hui le fait que le film tient presque de l’anthropologie comparée, qualité peu évidente à mes yeux, mais qui explique peut-être l’allusion à la réincarnation mise en opposition à la résurrection du Christianisme. Heureusement, The Wicker Man a des qualités qui ne tiennent pas seulement à la danse lascive mais rythmée de Britt Ekland dans sa totale nudité et qui vaudra au film de voir la plupart de ses copies disparaître à l’instigation du chanteur Rod Stewart plus tard concubin de la James Bond Girl.

La réalisation est une des premières qualités indubitables, Robin Hardy ayant su utiliser ponctuellement différents angles de prise de vue ou différentes luminosités et clartés comme un flou artistique à la David Hamilton qui entoure la cérémonie religieuse dans laquelle de nombreuses jeunes filles dansent nues. C’est cependant la subtile atmosphère, appuyée sur une musique originale d’inspiration celtique, diffusée d’une part par la connaissance du spectateur de la situation insulaire des lieux, d’autre part, et surtout, par les rires presque fous des habitants. Dès la scène de l’arrivée à l’auberge, on sent que l’horreur n’est pas loin et si on devait trouver dans The Wicker Man une attaque contre quelque chose, je dirais que c’est contre le monde rural qui ne peut en aucun cas apparaître ici comme civilisé - la scène de la grenouille médicamenteuse me le prouve - mais bien comme un monde clôt et pervers, atmosphère qui baigne le roman, Ritual de David Pinner (1967), ayant servi de source d’inspiration initiale pour Shaffer. Quelque part n’est-ce pas un retour à la nature qui est condamné dans ce film ? Ce serait cependant étrange pour un film tourné à cette époque. Pourtant, aussi bigot et imbu de son autorité qu’il puisse être, le personnage principal finit par être sympathique, même s’il est des spécialistes du cinéma comme Jean-Pierre Dionnet pour le trouver moins tolérant que son antagoniste païen lord Summerisle.

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