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Warday

Une guerre perdue et brève

samedi 27 avril 2013, par von Bek

James W. KUNETKA (1944-) et Whitley STRIEBER (1945-)

Etats-Unis, 1983

Stock, 1984, 379 p.

Paradoxalement, alors que Warday est sans doute le livre le plus science-fictif de Whitley Strieber et le seul livre de James Kunetka qui soit paru en français, leurs fiches [1] sur Noosfere ne le mentionnent pas. Le livre n’a jamais connu d’édition de poche de ce côté-ci de l’Atlantique tandis que la série des Prédateurs sortait directement en poche chez J’ai lu, ce qui laisse supposer un manque de succès pour Warday. Tout cela est bien dommage, car il est un petit chef-d’oeuvre du genre, sans exagération aucune.

Au milieu de l’après-midi du 28 octobre 1988, la guerre éclate entre les deux superpuissances. Plusieurs bombes nucléaires explosent au-dessus de trois centres urbains des Etats-Unis et sur deux sites de silos de missiles ICBM minutemen, précédées de l’explosion de six engins nucléaires à une altitude de 350 km au-dessus du territoire américain et destinés à provoquer une gigantesque impulsion electro-magnétique. Celle-ci a détruit toute l’électronique du pays, mais avant cela le gouvernement avait riposté par une attaque contre l’URSS. Les bombes de haute altitude ont anéanti toute l’électronique du pays ou presque. Les autres engins soviétiques ont touché Washington, San Antonio au Texas et New York. Les deux premières villes ont été pulvérisées. Manhattan a eu de la chance : les bombes ont frappé le Bronx et le Queens. La guerre s’arrêta-là immédiatement. 7 millions d’Américains sont morts. Dans les années qui suivent des millions meurent à cause des radiations, de la famine, des maladies qui frappent un pays dont les capacités économiques, surtout agricoles, et les systèmes de transports et de communication se sont effondrés. Whitley Strieber, écrivain, et James Kunetka, journaliste, ont survécu au warday. Cinq ans après, dans un pays qui dépend d’une aide étrangère ressemblant à une main mise, les deux amis entreprennent un périple au travers de leur pays pour dresser un portrait de l’Amérique d’après. Warday réunit leur récit de voyage, des témoignages recueillis pendant celui-ci, des sondages et des documents officiels qu’ils ont pu récolter. Un livre digne du Pulitzer !

L’ouvrage est particulièrement prenant. Le récit, à mi-chemin entre le journal de voyage et le reportage, offre la possibilité de multiplier les points de vue, suscitant beaucoup d’émotion que ne vient pas éteindre le ton clinique des documents officiels. Si c’est aussi l’occasion de clins d’oeil amicaux aux écrivains Quinn Yarbro et Walter Tevis qui occupent d’autres fonctions dans cette Amérique uchronique, rarement une fiction aura atteint un tel niveau de réalisme, un si grand souci du moindre détail. Il faut dire aussi que les deux auteurs se sont bien documentés sur les effets de la guerre qu’ils ont imaginée. James Kunetka est d’ailleurs à l’origine d’un livre en 1978 sur la création de l’arme atomique.

Ils ont aussi soigné l’extrapolation qu’elle soit économique et concerne les effets d’une guerre nucléaire limitée dans ce domaine - même si je pense qu’ils ont sous-estimé l’impact de la forte réduction du marché américain sur les autres économies capitalistes - ce qui implique que tous les Etats-Unis n’ont pas subi les conséquences avec la même intensité, ou qu’elle soit politique et se penche tant sur les nouvelles relations unissant les différents Etats que sur celles qui s’établissent entre les Etats-Unis et d’autres pays comme le Japon et la Grande-Bretagne, devenus premières puissances mondiales d’un monde débarrassé des deux Grands, en passant par toutes aventures révolutionnaires que peut produire une situation aussi chaotique comme l’apparition d’un nouvel Etat hispanique le long du Rio Grande ou l’émergence d’un mouvement révolutionnaire mêlant anarchisme, individualisme autarcique et communautarisme hippie.

Certes Warday est un livre qui traite d’un sujet très fréquent dans la SF d’une autre époque, mais il le fait d’une manière originale, des années avant le World War Z de Max Brook. Il est un livre de son temps, celui de la course aux armements relancée, celui du projet de bouclier anti-missiles. Il est aussi un livre engagé contre ce retour de la guerre froide et des peurs qui l’accompagnent.

Un livre unique, un sommet du genre.


[1Cf. la fiche de Strieber et celle de Kunetka, laquelle est... vide à ce jour (16 avril 2013) !

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