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The Grantville Gazette (II)

dimanche 10 septembre 2017, par von Bek

Eric FLINT (1947-), éd.

Etats-Unis, 2006

Baen, 336 p.

Le premier recueil ayant rencontré un succès suffisant, un deuxième est édité alors même que la suite de 1633 ne l’est pas totalement. C’est d’ailleurs l’occasion pour Eric Flint de rassurer le lectorat dans une postface et faire état des projets en cours, soulignant le dynamisme de l’entreprise, tout en imposant quelques limites à la créativité des auteurs enthousiastes trop prompts à introduire de nouveaux personnages américains et leurs technologies collatérales [1].

Bien que la peu intéressante nouvelle « Collateral Damage » de Mike Spehar respecte ce code de conduite puisque elle est consacrée à un personnage important de 1633, le colonel Wood, et fait d’ailleurs suite à la conclusion de ce roman, cela ne signifie nullement que de nouveaux personnages américains n’apparaissent pas dans ce volume. Outre celui de Curtis Maggard, dont l’adresse avec un arc et son talent à se camoufler peuvent peut-être paraître dans les normes d’une communauté rurale de Virginie occidentale pour Eric Flint mais semblera moins crédible au lecteur européen, dans « Just One of Those Days » par Leonard Hollar, il faut surtout citer celui de Beulah MacDonald [2], infirmière que le Cercle de feu a sorti de sa retraite et qui est chargée d’organiser une formation médicale conjointement avec l’Université de Iéna dans la novella « An Invisible War » de Danita Lee Ewing. Cette dernière réussit l’exploit d’accrocher son lecteur sur la distance avec un sujet qui pourrait sembler aride, en ayant su parfaitement appréhender les différences de mentalités entre les deux époques du XVIIe et du XXe siècles, particulièrement fortes dans le très rigide milieu universitaire, et en les faisant s’opposer, le tout sans avoir besoin de recourir à des scènes d’action.

Sur une thématique très proche, puisqu’il s’agit de la question de l’impact du Cercle de feu sur le XVIIe siècle, « God’s Gifts » de Gorg Huff met en scène dans un récit à la première personne l’appréhension du phénomène du Cercle de feu sur un plan religieux, par un pasteur luthérien lui aussi de Iéna, perturbé dans ses certitudes théologiques assurant que l’ère des miracles s’était achevée avec Jésus. La nouvelle est des plus intéressante que la théologie ne pourrait le faire craindre. Elle illustre aussi le fait que les histoires accordent une plus grandes importances au point de vue des contemporains du XVIIe siècle.

« Bottom-Feeders » de John Zeek a pour personnage principal Jurgen Neubert, un "autochrone" [3] devenu auxiliaire de police et menant une enquête sur le meurtre d’un allochrone. Outre son originalité de modeste nouvelle policière, elle permet de relativiser le manichéisme dont les récits de la saga sont largement empreints en rappelant que certains allochones sont moralement douteux.

Toujours centré sur les Modernes, « The Company Men » de Christophe James Weber est de loin la nouvelle la plus humoristique du recueil puisqu’elle raconte les aventures très rocambolesques de deux capitaines d’une compagnie de mercenaires engagée par le gouvernement de Grantville pour délivrer la mission diplomatique envoyée par l’Empire moghol des mains des Autrichiens. Non seulement les deux protagonistes sont un Anglais et un Irlandais, ce qui entraîne une amitié que l’on qualifiera d’amour vache, mais en plus l’auteur a multiplié dans son récit les clins d’oeil cinématographiques dont le plus explicite fait référence à De l’or pour les braves (Brian G. Hutton, 1970).

Enfin, The Grantville Gazette II apparaît clairement se construire sur la durée puisque deux récits s’inscrivent dans la continuité. D’une part, Eric Flint livre une courte nouvelle, « Steps in the Dance », sympathique mais qui offre peu d’intérêt, qui fait suite directement à sa nouvelle « Portraits » parue dans le tome précédent en mettant en scène les manoeuvres diplomatiques et picturales autour du siège d’Amsterdam [4]. D’autre part, « EUTERPE, Episode 1 » inaugure une série de nouvelles sous forme de lettres, écrite ici pour la première par un compositeur italien désireux de se rendre en voyage d’études à Grantville. Stylistiquement ratée parce que personne n’écrirait une lettre ainsi - il n’est qu’à considérer les romans épistolaires anciens comme Les Liaisons dangereuses ou plus récents comme Inconnu à cette adresse - le récit est pour sa part très intéressant et instructif quant à la musique du XVIIe siècle et la suite sera donc lue avec plaisir.

L’organisation générale manifeste aussi la volonté de faire durer la série. Le livre est ainsi divisé en deux parties. Après la partie fiction qui rassemble les textes évoqués ci-dessus dans l’essentiel du recueil vient une partie fact où est le fait point sur la techonologie et son transport au XVIIe siècle. S’y retrouvent un trait sur l’escrime par Enrico M. Toro (« A Quick and Dirty Treatise on Historical Fencing »), un nouvel article de Rick Boatright sur les télécommunications (« So You Want To Do Telecommunications in 1633 ? », un autre sur les minerais (« Mente Et Malleo [5] : Practical Mineralogy And Minerals Exploration In 1632 » de Laura Runkle et, à la limite de la fiction parodique et du sérieux scientifique, Andrew Clark imagine l’écriture d’un traité d’alchimie par le docteur Faust à la lueur des apports de la science future.

Après avoir un peu peiné à me plonger dedans, les deux premières nouvelles (« Steps in the Dance » et « Collateral Damage » étant peu intéressantes selon moi), j’ai succombé à Euterpe et à l’humour de « Company Men » et dévoré le livre, bien qu’ayant lu deux de la série avant.


[1« C’est parce que je commençais à découvrir que ma petite et réaliste ville minière de 3500 habitants était en train de se transformer, bon gré, mal gré, en une ville d’environ 20 000 habitants dont la moitié s’avérait être des commandos de marine qui passaient par là par hasard au moment du Cercle de feu, ou des ingénieurs en aéronautique, ou des neurochirurgiens, ou même simplement d’habitants disposant de bibliothèques de la taille de celle du Congrès »

[2A noter au passage qu’une Beulah MacDonald s’est distinguée aux Etats-Unis en 1987 en parvenant à faire condamner le Klu Klux Klan par un jury composé de blancs pour le lynchage de son fils. Je ne sais pas si le prénom Beulah est fréquent aux USA, mais c’est une drôle de coïncidence si c’en est une.

[3NDR le néologisme est purement de moi. Les romans utilisent les expressions néologiques inélégamment traduisibles de up-timers et down-timers pour désigner ceux qui viennent du futur et les habitants du XVIIe siècle. J’ai donc cherché à forger des expressions aussi condensées avec autochrone et allochrone, mais j’hésite encore avec les expressions plus simples et phonétiquement élégantes de Futurs et de Modernes qui rappelleraient la querelle des Anciens et des Modernes.

[4A noter d’ailleurs qu’une erreur existe dans l’édition électronique puisque Rubens y est remplacé par Rembrandt, alors que c’est bien le premier qui figure dans l’édition papier.

[5« Par l’esprit et le marteau », devise des géologues.

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