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The Grantville Gazette (I)

dimanche 27 août 2017, par von Bek

Eric FLINT (1947-), éd.

Etats-Unis, 2004, 386 p.

Sans l’Internet, 1632 n’eut sans doute été qu’un essai isolé. L’Internet a permis à de nombreux lecteurs de se retrouver [1] pour poser des questions, soumettre des idées et même écrire des nouvelles. Cette émulation a donné naissance à un e-zine, The Grantville Gazette, dont le présent livre réunit quelques textes. Quelle différence avec The Ring of Fire me demandez-vous ? La réponse est facile. Ce dernier est une anthologie réunissant les fictions les plus publiables, The Grantville Gazette rassemble des nouvelles, mais aussi des textes techniques issus des discussions sur le forum 1632 Tech. En 2004, l’éditeur Jim Baen et Eric Flint ont estimé que l’e-zine pouvait aussi donner lieu à une édition papier dont le présent volume est le premier tome.

Les nouvelles sont au nombre de cinq et forment environ 75% du volume. Tout en recouvrant des thématiques similaires à celles de Ring of Fire : l’impact de l’arrivée des Américains et leur vie quotidienne, les problèmes politiques et religieux, les personnages historiques, ce dernier thème étant moins fréquemment utilisé, quoique de manière éminente puisque la nouvelle d’Eric Flint, « Portrait », met en scène Rubens. D’autres apparaissent dans la nouvelle de Virginia DeMarce, « The Rudolstadt Colloquy », tels que des nobles du Saint-Empire ou Lucas Osiander le jeune, dont il faut bien avouer, que tout professeur de théologie de l’Université de Tübingen qu’il ait été, il n’en est pas moins un illustre inconnu [2]

Deux nouvelles, assez particulières, se consacrent à évoquer les problèmes des Américains pour assurer leur survie (au sens très large). Dans « Curio and Relic », Tom Van Natta met en scène un vétéran du Vietnam quelque peu marginal qui se retrouve chargé d’organiser l’arsenal des Grantvillois en collectant des armes et en fabriquant des munitions. La connaissance des armes et de leurs divers calibres, le titre de la nouvelle qui fait référence à une licence spécifique de détention d’armes, les curio and relics qu’en France on appellerait armes de collection, la référence au deuxième amendement de la Constitution - le fameux amendement sur le droit de porter des armes -, laissent à penser que l’auteur émarge à la NRA. Ce n’est pas pour autant qu’il faut jeter un regard négatif sur lui ou sur son travail, même si ce dernier n’amène pas de réelle réflexion sur la question de l’armement des Américains. Dans l’univers de 1632, cet aspect de la vie américaine est plutôt une chance puisqu’il leur permet d’assurer leur défense.

Dans « The Sewing Circle », Gorg Huff raconte longuement, trop longuement, l’histoire de quatre adolescents de Grantville qui se mettent en tête de créer une compagnie de fabrication de machine à coudre pour assurer soit la vie de leur famille, soit celle de leur ville. La nouvelle se construit sur l’évocation du cadre économique intérieur et extérieur à Grantville. Si certaines considérations et réflexions m’ont semblé pertinentes, telles que le questionnement sur l’impact de l’intrusion d’une nouvelle technologie sur la corporation des tailleurs, parce qu’elles soulignent une volonté de réalisme de la part de l’auteur, d’autres faits, tels que la compréhension de l’économie ou de la réalisation technique par quatre jeunes génies en herbe (quatre ça fait beaucoup de surdoués pour une petite ville et sur une même classe d’âge), m’ont laissé plus que dubitatif.

Virginia DeMarce concentre à elle seule les aspects politiques et religieux, nécessairement liés dans le Saint-Empire du premier XVIIe siècle, dans « The Rudolstadt Colloquy », une nouvelle difficile en raison des différents angles sous lesquels l’auteur aborde ses thèmes. Elle évoque l’assistance d’Ed Piazza, Secrétaire d’Etat (donc ministre des affaires étrangères) des Etats-Unis, à un de ses fameux débats, dont l’époque avait le secret et qu’elle a heureusement su garder, au sein du luthéranisme au sujet de la participation à la cène. DeMarce cherche à montrer que des aspects qui peuvent nous sembler anodins voire surannés, peuvent entraîner des émeutes. Elles introduit aussi la dimension révolutionnaire potentielle que peuvent constituer l’intrusion des principes américains, notamment quand ils sont repris par les contemporains. Les Arches de la liberté, sur lesquelles ont reviendra en parlant de 1633, y sont notamment évoquées.

Mes propos pourraient laisser penser à une série de nouvelles assez abstraites, du moins aux thématiques assez sèches. Les auteurs ont enrobé leurs histoire dans de l’humour (notamment Eric Flint) ou de la romance, même pré-pubère (Gorg Ruff), mais aucune nouvelle n’est plus émouvante que « Anna’s Story » par Loren K. Jones qui narre l’histoire de George Blanton, un Américain retraité et veuf, qui se retrouve en 1631 comme ses compatriotes grantvillois, et voit débarquer dans sa vie Anna, une jeune allemande qui fuit les déprédations des mercenaires. Le récit de Jones constitue par ailleurs une magnifique illustration de l’insertion des nouvelles dans le corpus des romans et, dans son cas, du roman initial, puisque la jeune allemande en question n’est autre que celle qui dans les premiers chapitres de 1632 déboule dépenaillée devant les Américains, poursuivie par deux mercenaires avant de disparaître complètement du roman. C’était le premier contact des Américains avec les gens du XVIIe siècle, un contact violent, qui laissait le lecteur avec une question : qu’est devenue la fille ? La réponse est dans « Anna’Story ».

Cependant ce premier recueil contient aussi quatre textes qui ne sont absolument pas des fictions, mais des synthèses expliquant les possibilités techniques accessibles aux exilés du temps. Quand on regarde un peu les avis abordant la série 1632, les reproches qui lui sont faits et les principales raisons d’avis négatifs résident dans les impossibilités techniques [3], comme la question de la sidérurgie, les réserves en carburant (pour les plus pertinentes). Or, il semble bien que ces questions techniques ont fait l’objet de débat sur le forum et que des synthèses sur ces questions en ont résulté. Les quatre textes de ce Grantville Gazette traite successivement de la radio - « Radio in the 1632 Universe » par Rick Boatright, un texte à lire en complément de 1633  -, des maladies et de la production de vaccins et d’antibiotiques (« They’ve Got Bread Mold, So Why Can’t They Make Penicillin ? » par Robert Gottlieb), des chevaux (« Horse Power » par Karen Bergstrahl) et Eric Flint clôt l’ouvrage par une galerie de portraits et de biographies historiques des grands de l’Europe de 1632. Tous ces textes, notamment les trois premiers, sont extrêmement bien documentés et techniques. Outre qu’ils apportent des informations sur le cadre créatif [4], ils illustrent parfaitement l’engouement et l’investissement généré par le roman d’Eric Flint et participent à la création de ce qui est pour le moment, et sans doute pour longtemps, l’univers uchronique le plus pensé qui soit.


[1sur un forum de l’éditeur Baen

[2Par exemple, il n’a pas de page wikipedia en anglais (et encore moins en français !) et n’a pas d’article dans l’Encyclopédie du protestantisme à la différence de son grand-père le réformateur Andreas Osiander. Il n’est pas cité dans l’Histoire du christianisme. En revanche il a une page wikipedia en allemand et... en portugais !!!

[3La plupart sont en anglais et sur des sites de lectures mais des francophones tels Daidin ou Eumène de Cardie ont aussi fait l’effort de se plonger dans l’univers 1632. Toutefois ni Daidin, ni Eumène ne font preuve d’un scepticisme technique tel qu’il les ait détournés de la série.

[4On apprend notamment que Eric Flint a pris la ville de Mannington comme modèle pour Grantville.

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