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LE JOUR D’APRES (Nicholas Meyer, 1983)

samedi 13 décembre 2014, par von Bek

Nicholas MEYER (1945-)

Etats-Unis, 1983, The Day After

Jason Robards, Steve Guttenberg

Avant Le jour d’après - ce doit être aujourd’hui, non ?- version bouleversement climatique - il y a eu ce Jour d’après version nucléaire qui à l’instar de La Bombe de Peter Watkins aspire à dénoncer le risque de la guerre nucléaire de la guerre froide. D’abord réalisé pour la télévision, Le jour d’après est ensuite exploité au cinéma, dont en France. Là où Watkins adoptait un ton froidement documentaire et technique pour plus de réalisme, Nicholas Meyer use de l’empathie pour non moins de réalisme. C’est, pour ces deux films, ce qui fait leur force dans un exercice pourtant classique de l’anticipation de leur époque, quoique plus rare sur les écrans que dans la littérature.

Dans ce qui précède le conflit nucléaire - qui éclate là dans l’escalade d’une crise à Berlin - le spectateur peut assister au quotidien de plusieurs individus résidant autour de Kansas City. Cette ville du centre des Etats-Unis n’est pas prise au hasard, puisque c’est dans les grandes plaines du Missouri et du Kansas que le gouvernement américain avait installé une partie de ces missiles nucléaires intercontinentaux. L’idée est bien évidemment de montrer à quel point la vie normale est douce et va être interrompue par le conflit : une famille d’agriculteurs dont la fille est sur le point de se marier ; un éminent chirurgien dont la fille se prépare à quitter le cocon familial pour vivre à Boston ; un militaire responsable de l’entretien des silos de missiles qui voit son week end familial interrompu par la crise diplomatique. Dans le même temps, la population est consciente que le risque de guerre s’accroît comme lors de la crise des missiles cubains. Le lancement des minutemen n’est pas complètement une surprise mais il annonce avec certitude la frappe des missiles soviétiques.

Le récit est ensuite sans concession : Kansas city est frappé de plein fouet non sans qu’auparavant une explosion en altitude n’ait privé la région d’électricité avec les impulsions électromagnétiques ; plusieurs des personnages meurent sur le coup. Le destin des autres n’est guère optimiste et Nicholas Meyer dresse la liste des conséquences d’un conflit nucléaire, sans même avoir à envisager le fameux hiver nucléaire : retombées des radiations qui vont faire de nombreuses victimes ; effondrement des systèmes de secours privés d’électricité et incapables de faire face au désastre sanitaire ; contamination des terres arables etc... Bref la civilisation s’effondre et le récit s’achève dans les ruines de la ville où est revenu mourir un des personnages principaux.

Avec juste ce qu’il faut de pathos, le message est très efficace et eut, paraît-il, un certain succès puisque 100 millions d’Américains (sur presque 234 à l’époque) l’auraient regardé. Quant à savoir la leçon qu’il en tirèrent c’est un autre problème. Habitué à ces thématiques, courantes dans la SF de l’âge d’or, j’ai surtout été frappé par le rapprochement que je fis avec le livre Une seconde après, qui envisage la même situation en épargnant soigneusement les conséquences des radiations à ses héros. Avec le même pathos, il n’en tire pas les mêmes conclusions et milite pour la fabrication d’un bouclier anti-missiles ! Etonnant comme un même canevas peut fournir des arguments aussi contradictoires...

Il est vrai que le contexte entre les deux oeuvres n’est pas le même. Le film de Meyer s’inscrit dans un regain de la guerre froide, les Etats-Unis ayant fini par répondre à l’installation de missiles soviétiques en Europe de l’Est en installant leurs missiles en Europe de l’Ouest. C’est une évolution désastreuse de cette crise des euromissiles qui déclenche l’apocalypse du Jour d’après. Alors que dans les mêmes années, le cinéma américain extrapole plutôt sur l’informatique, porteuse d’un risque de conflit nucléaire dans le War Games de Badham, Meyer lui réagit à ce qu’il estime être un danger présent. En somme, c’est toute la différence entre la science fiction et l’anticipation.

Aujourd’hui, Le Jour d’après n’a pas perdu de sa force mais pourrait paraître désuet, non dans sa forme en dépit d’effet spéciaux peu élaborés, mais dans son propos : l’holocauste nucléaire n’est certainement pas la plus grande crainte des générations actuelles. La Terre a d’autres soucis et des craintes d’autres apocalypses ; Nous avons oublié celle mise en scène par Nicholas Meyer. Elle n’a pourtant pas disparu et c’est pourquoi il faut toujours regarder ce film.

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